Le phylloxera

Le phylloxera a été identifié pour la première fois sur le continent européen en Angleterre dans les serres d’une exploitation de raisins de table près de Londres (Hammersmith). C’était en 1863. Au même moment, est observé en France un dépérissement suspect de la vigne. Attribué tout d’abord au Pourridié ou au Rougeot (deux champignons provoquant des maladies du bois), c’est n’est qu’en 1868 que le phylloxera est identifié avec certitude dans les vignobles du sud de la France.

Le fléau mettra 25 ans pour remonter jusqu’au vignoble champenois, semant ruine et désolation sur son passage. Il fut déclaré pour la première fois dans le département de l’Aube le 8 juillet 1888, de l’Aisne le 5 aout 1890 et finalement aux portes de la sacro-sainte Marne le 6 aout 1892. En 1911, la Marne est déclarée philloxérée avec près de la moitié du vignoble du département contaminé soit 6500 hectares. Aujourd’hui, le phylloxera a colonisé pratiquement tous les vignobles du monde, à l’exception notoire du vignoble chilien encore actuellement préservé.

Le phylloxera est un puceron piqueur dont le cycle est extrêmement complexe. Il existe deux types de femelles non ailées. Le phylloxera gallicole (se développant sur le feuillage) et le phylloxera radicicole (se développant sur les racines). Certaines de ces femelles se transforment en été en nymphes qui donneront des individus ailés. Ces phylloxeras ailés pondront des œufs sur les feuilles de la vigne qui écloront en mâles et femelles. Leur accouplement donnera le jour un œuf appelé « œuf d’hiver » qui donnera naissance à une femelle dite « fondatrice ». Au printemps suivant, ces femelles fondatrices provoqueront les premières galles sur les feuilles.

Le phylloxera envahit le système foliaire et racinaire du plant de vigne. Sur les feuilles, la piqûre de l’insecte provoque l’apparition de galles contenant des œufs. Les larves issues de ces galles donnent à leur tour d’autres galles d’où une prolifération très importante de la colonisation. Les conséquences d’une contamination foliaire sont relativement faibles mis à part un bouleversement physiologique de la plante, l’apparition des galles et la diminution de l’accumulation des sucres dans la baies, notamment sur l’espèce Vitis vinifera.

C’est surtout la forme racinaire du phylloxera qui a un effet dévastateur sur le vignoble, étant donné le fait que l’espèce de vigne la plus répandue (vitis vinifera) en Europe est extrêmement sensible à cette contamination. C’est cette grande sensibilité qui explique l’extermination du vignoble européen lors de la grande crise. La piqûre des pucerons sur les racines de la vigne provoque un arrêt de la croissance des tissus racinaires autour de la blessure tandis que le développement continue ailleurs, d’où l’apparition de nodules. Ces nodules vont occasionner un arrêt de la fonction d’absorption par les racines. Les blessures occasionnées par les piqûres deviennent des portes d’entrée pour des micro-organismes responsables de la pourriture. S’en suit alors la mort du cep.

Il n’existe pas pléthore de méthodes pour la lutte contre le phylloxera. Un traitement chimique à base de sulfure de carbone a été utilisé un temps. Cette méthode était cependant inefficace contre la forme racinaire du phylloxera. Des méthodes culturales ont pu avoir quelques effets comme, notamment, la submersion des sols afin de noyer les pucerons ou la culture de la vigne sur des sols sableux (sols dans lequel l’insecte à de grandes difficultés à se déplacer).

Mais la méthode la plus efficace et encore aujourd’hui garante de la pérennité du vignoble est l’utilisation massive de porte-greffes issus d’espèces de vignes américaines et résistant au phylloxera (Vitis riparia, Vitis berlandieri).

 

Sources d’information